Six mois avec sursis et 8 millions de centimes d’amende : l’affaire Younes Aftit relance le débat sur la liberté de la presse au Maroc

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Six mois avec sursis et 8 millions de centimes d’amende : l’affaire Younes Aftit relance le débat sur la liberté de la presse au Maroc

Abousoufiane Elkabouss

L’annonce faite par le journaliste reconnu Younes Aftit, révélant qu’un jugement a été prononcé à son encontre le condamnant à six mois de prison avec sursis ainsi qu’à une amende de 8 millions de centimes, dépasse le simple cadre d’une affaire individuelle. Elle remet brutalement au centre du débat une question essentielle pour toute société qui se veut moderne, équilibrée et respectueuse de ses institutions : celle de la place réelle de la presse libre au Maroc, de sa marge d’action, de ses limites, mais surtout de sa protection. Car derrière la personne de Younes Aftit, c’est tout un principe qui se retrouve exposé, fragilisé et interrogé : un journaliste peut-il encore exercer son métier avec indépendance, esprit critique et sens de l’intérêt général sans être menacé par une pression judiciaire disproportionnée ? Dans tout État qui aspire à renforcer son image de pays de droit, la presse ne doit pas être perçue comme un ennemi, mais comme un pilier. Elle ne constitue pas une menace contre la nation ; elle participe au contraire à sa vigilance démocratique, à la lutte contre les abus, à l’éveil des consciences et à l’enrichissement du débat public. Défendre Younes Aftit aujourd’hui, ce n’est donc pas défendre une personne contre la justice de manière aveugle ou émotionnelle, mais défendre un principe supérieur : celui du droit d’informer, du droit de questionner, du droit de déranger parfois, lorsque l’intérêt public l’exige. La presse n’a de valeur que si elle peut parler librement, enquêter librement, publier librement, dans le respect de la loi certes, mais sans craindre que chaque opinion, chaque révélation ou chaque position critique ne devienne un risque pénal permanent. Le Maroc a besoin d’une presse forte, sérieuse, pluraliste et courageuse, non d’une presse intimidée, prudente jusqu’au silence, ou réduite à l’autocensure par peur des sanctions. La grandeur d’un pays ne se mesure pas seulement à ses infrastructures, à ses chiffres économiques ou à ses ambitions diplomatiques, mais aussi à sa capacité à accepter la parole indépendante, même lorsqu’elle gêne, même lorsqu’elle bouscule. Une presse muselée affaiblit la société ; une presse libre la renforce. C’est pourquoi cette condamnation, même assortie du sursis, suscite une inquiétude légitime chez tous ceux qui considèrent que la liberté de la presse n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale. Le Maroc mérite un climat où le journaliste n’est pas traité comme un suspect par défaut, mais comme un acteur indispensable à la transparence, à l’équilibre institutionnel et à la défense de l’intérêt collectif. Dans cette affaire, il ne s’agit pas seulement de Younes Aftit. Il s’agit de savoir quel espace le Maroc veut réellement laisser à ses journalistes, à ses plumes libres, à ses voix critiques. Et la réponse à cette question engagera bien plus que le sort d’un seul homme : elle engagera l’image du pays, la confiance de ses citoyens et l’avenir même de la liberté de la presse

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